Journée mondiale des compétences des jeunes : découvrez ce dont les jeunes palestiniens ont besoin pour trouver un emploi

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© Hisham Hijjawi College of Technology

Comment répondre aux besoins du marché du travail : un exemple en Palestine

L'histoire commence il y a environ 20 ans lorsque certaines études ont montré que le marché du travail avait vraiment besoin de plus en plus de techniciens et de compétences directement applicables dans les secteurs technologiques et industriels. C´est avec un investissement de 30 millions d'euros, grâce à la banque de développement allemande, KFW, que le collège technologique Hisham Hijjawi est né à Naplouse. Aujourd'hui, 100 personnes y travaillent et forment environ 1 200 étudiants de tous les gouvernorats environnants de la partie nord de la Cisjordanie : les gouvernorats de Jénine, Tulkarem, Qalqilya, Salfit, Tubas et bien sûr Naplouse.

Le collège offre 22 programmes de formation qui couvrent un large éventail de spécialités : de l'administration et de la comptabilité, à esthéticienne et à la mécanique automobile. Ils offrent même une formation pour devenir géomètre. Par exemple, la Cisjordanie est divisée en 3 zones : A, B et C. La zone A est exclusivement administrée par l'Autorité nationale palestinienne ; La zone B est administrée à la fois par l'Autorité palestinienne et par Israël ; et la zone C, qui contient les colonies israéliennes, est administrée par Israël. Certaines terres de la zone C ne sont pas enregistrées et pour ce faire, ils ont besoin de géomètres. Il s'agit d'un exemple clair de comment une formation née d'un besoin réel sur le marché du travail.

Aperçu d'un enseignement de formation techniques et professionnels en Cisjordanie

Un enseignement et une formation techniques et professionnels (EFTP), terme également apparu il y a une vingtaine d'années, désigne toute forme d'enseignement ou de formation qui dispense des connaissances et des compétences liées à différents secteurs économiques. Il se concentre beaucoup plus sur le côté pratique que sur le côté théorique. On pourrait dire que c'est l´autre versant de l'éducation par rapport aux études universitaires.

Alors comment fonctionne le collège technologique Hisham el Hijjawi ? Tout d'abord, il est situé dans la partie est de Naplouse, à proximité de la zone industrielle, pour mieux répondre aux besoins des entreprises et ateliers qui s'y trouvent, afin que les jeunes qualifiés puissent immédiatement trouver un travail là-bas. L'objectif principal du collège est d'atteindre zéro chômage. Et jusqu'à présent, cela semble plutôt bien marcher puisque tous les étudiants terminent leurs formations avec un emploi à la clé. Avoir des formateurs qui sont employeurs aide beaucoup. Et bien que le collège ne soit pas une agence pour l'emploi, le personnel facilite les contacts entre les entreprises privées palestiniennes et leurs étudiants.

Le collège propose trois types de diplômes. Le premier est le niveau technique certifié par le ministère de l'éducation. Le deuxième délivre un certificat professionnel : il s'agit d'une formation d'un an et est certifiée par le ministère du travail. Le troisième peut se faire soit par des cycles de formation courts (3-6 mois) ou longs (6-12 mois) qui sont certifiés par des académies. Dans ce dernier cas, il ne faut pas avoir terminé les études primaires ou secondaires.

L'économie verte : un nouveau secteur qui émerge en Palestine

Le collège technologique Hisham el Hijjawi est le partenaire palestinien du projet GREENLAND, financé par le programme IEV CTF MED. Il vise à fournir des compétences vertes aux jeunes qui sont sans emploi, éducation ou formation, appelé en anglais les NEET. Alors que le collège a l´habitude d´évaluer les compétences requises par le marché du travail, c'est la première fois qu'il réalisait une étude d'analyse axée sur les compétences vertes dans le cadre de ce projet. En Palestine, la plupart des gens qui ont entendu parler de l'économie verte l'associent à l'agriculture et non nécessairement aux énergies renouvelables, aux voitures hybrides ou électriques. Outre la collecte de données détaillées pour identifier les secteurs de l'économie verte avec un potentiel de recrutement, le collège a la capacité de négocier avec les entreprises pour offrir la meilleure option afin de répondre aux besoins du marché.

D'ingénieur à technicien : une solution pour mieux répondre au chômage des jeunes en Palestine

En Palestine, la plupart des familles souhaitent voir leurs filles et leurs fils devenir ingénieurs, médecins et avocats. Cela fait partie du prestige social et culturel, et il n'est pas facile de changer les mentalités. Cependant, la réalité d'aujourd'hui fait que les gens commencent à envisager l'avenir autrement.

Quand on sait qu'environ 50% des étudiants universitaires sont toujours au chômage plus d'un an après l'obtention de leur diplôme alors que les étudiants fraîchement diplômés d'un EFTP trouvent immédiatement un emploi stable, alors toute la société commence à changer d'avis sur les techniciens et autres métiers professionnels.

C'est l'un des aspects sur lesquels travaille le collège en sensibilisant sur le potentiel des carrières professionnelles à travers les formations offerts par l´EFTP. En d'autres termes, ce qu'ils appellent un changement de carrière. Au cours des dernières années, le personnel du collège a remarqué un changement lent mais tangible. De plus en plus de diplômés universitaires commencent à voir ce changement de carrière comme une réelle opportunité pour avancer dans leur vie. Certains d'entre eux admettent même qu'une formation de 6 mois dans un EFTP est beaucoup plus efficace qu'un diplôme universitaire complet qui prend environ 5 ans.

“Certains jeunes palestiniens admettent qu'une formation de 6 mois dans un EFTP est beaucoup plus efficace qu'un diplôme universitaire qui prend environ 5 ans pour être complété.”

L'avenir de l'économie palestinienne repose sur les femmes

De nombreux hommes palestiniens sont attirés par les salaires offerts par les entreprises israéliennes, qui proposent 2 à 3 fois le salaire palestinien moyen. C'est une réelle menace pour l'économie palestinienne. Alors que les hommes sont attirés par cet avantage économique malgré les barrières physiques pour accéder au lieu de travail, les femmes palestiniennes ont tendance à prioriser d'autres aspects de leur vie tels que leurs familles et leurs enfants. En ce sens, le collège encourage également les femmes à participer aux formations professionnelles car elles vont travailler pour des entreprises palestiniennes et non en Israël. Pour ce faire, le personnel du collège rencontre les parents pour les convaincre des avantages que leurs filles peuvent bénéficier en suivant de telles formations.

Ces dernières années, le collège a augmenté le nombre de femmes inscrites dans les diplômes de formations professionnelles et qui ont bénéficié de bourses internationales. Ces femmes sont intelligentes, efficaces et encore plus débrouillardes que des ingénieurs hommes lorsqu'il s'agit d'aspects pratiques tels que l'installation de panneaux photovoltaïques.

Manque d'équipement, d'espace et de ressources humaines

Bien que le collège témoigne de plus d'intérêt de la part des étudiants universitaires et des femmes, il fait face à des défis afin de répondre aux besoins du marché du travail au niveau régional plus large qui inclus les pays du golfe également. Ils manquent d'investissements pour développer de nouveaux cursus, de ressources pour former des professionnels à l'étranger aux dernières techniques et ils manquent même d'espace pour agrandir certains ateliers comme la menuiserie. Avec la pandémie de la covid-19, en tant que centre EFTP, le collège s'est ajusté autant qu'il le pouvait pour limiter les préjudices envers les étudiants, travaillant plus d'heures par jour et même le week-end pour s'assurer que chaque étudiant bénéficie de la partie pratique. Comme la plupart des formations représentent environ 30 % de théorie et 70 % de pratique, il est évident que c´est plus coûteux de former des étudiants dans des EFTP que dans des universités. Connaissant la réalité de l'économie palestinienne, le collège peut difficilement augmenter les frais de scolarité.

Dernier message : la créativité est la clé

Lorsque j´ai demandé à M. Darwish quel message il aimerait partager avec les jeunes palestiniens, il a parlé de créativité. Il s´est rendu à l'étranger à plusieurs reprises et a vu de nombreux exemples de jeunes entrepreneurs et il pense que malgré toutes les difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes palestiniens, ils se sont révélés être pionniers dans certains secteurs, ils ont des idées créatives qui peuvent être transformées en entreprises prospères.

La créativité peut être la clé du succès, mais pour cela, on a également besoin de solides compétences et d'un soutien institutionnel pour que la jeunesse palestinienne puisse s´épanouir.